Coupe de France espoirs
Écrit par Eric CHESTIER   

Si l'on excepte l'année dernière où nous n'avions pas engagé d'équipe espoirs pour prioriser la montée en N2, cette présence en phase finale est la sixième consécutive pour cette catégorie. Si elle faisait partie des objectifs, cette qualification ne s'est pas faite sans mal.

Arrivés sans trop d'encombres jusqu'à cette ultime tour, nous pouvions nous montrer satisfaits du tirage qui nous opposait à deux équipes normalement à notre portée, Asnières et le Cercle Jules Ferry de Fleury les Aubrais. Satisfaits également de nous déplacer dans le Loiret qui était l'une des destinations les moins éloignées possibles de notre chère Bretagne.

Mais l'histoire de nos précédentes qualifications nous a appris que rien n'est simple et que parfois nous sommes passés dans des trous de souris. Encore une fois l'histoire allait se répéter.

Après avoir assisté en spectateurs au premier match qui vit la victoire d' Asnières sur les locaux par 2 à 0, c'était à notre tour de se lancer dans l'arène en défiant le vainqueur du précédent match.

Le match est serré, aucune équipe ne prend l'avantage. Il faut attendre le deuxième temps mort technique pour voir nos gars se détacher, à l'image d'une « déca » bien claquée par Jonathan Fadier superbement servi par Simon Ramard. Inéxorablement les jaunes et bleus du Goelo se détachent et remportent le set 25/18.

Le deuxième set ressemble au premier, où nous abordons le deuxième temps mort technique avec deux points d'avance. Comme l'avoueront plus tard le coach d'Asnières et ses joueurs, on pensait que c'était plié.

Mais au Goelo, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire....

Et là, opération black out, pour une raison que je cherche encore, nous nous arrêtons de jouer. En face les parisiens n'en demandent pas tant. Serrant leur jeu de réception, les gars d'Asnières en s'appuyant sur leur deux joueurs majeurs remportent le set 25/21.
Le tie-break commence façon diesel, et jamais les joueurs bretons n'ont pu remettre l'ouvrage dans le bon ordre. Finalement perte du set 15/8 et perte du match 2/1.

Voilà comment d'un match qui aurait du être maitrisé depuis le début nous nous retrouvons dans un match couperet contre l'équipe locale.

L'équipe fanion de Fleury jouant un match en retard du championnat de N2 après nous, les gradins se sont copieusement remplis, et c'est dans une ambiance de feu que nous allons jouer cette place en finale.

Le premier set ressemble au premier set contre Asnières Parfaitement maitrisé, nous nous détachons progressivement pour l'emporter 25/20.

Début du deuxième set, je mets les gars en garde suite au premier match. Quentin Richard motive les troupes « allez les gars, pas comme contre Asnières, on lâche rien ».

Mais les les gars du Goelo sont joueurs, Comme c'est un peu facile on va leur laisser quelques points d'avance... Dans l'équipe de Fleury on ouvre de grand yeux, les points s'enchainent pour les locaux. Coté breton c'est la déconnexion complète, à l'image d'un Vatéa Tauraa : Récep dix doigts dans le plafond, attaque dans le mur du fond, et récep manchette dans ma tronche. J'ai l'impression de revoir le film « clones » et me dire que quelqu'un a désactivé l'unité centrale du Goelo.

Normalement, on peut compter sur un fond de jeu, à 1 contre 0, on se dit que sans regarder on marque un point. Là, passer la balle au-dessus du filet et la faire retomber dans le terrain adverse est déjà un exploit...pas facile la vie.

8/0 au premier temps mort technique, autant dire que dans la salle c'est du délire. Bon, les gars... ils ont peut-être assez d'avance ? Ben pas sûr, 10/1, puis 13/2, c'est pathétique. Puis c'est le réveil, à l'image d'un Baptiste Langlois bien timide jusque là qui se révolte et entraine le reste de la troupe avec lui. Vatéa retrouve son volley- ball et l'incroyable remontée se met en oeuvre malgré l'environnement hostile. On distingue bien quelques « Goelo » des familles de Simon Ramard et de Clément Eichelberger venues nous soutenir, mais qui sont vite recouverts par la bronca du Loiret.

Arrivées au « money-time » les deux équipes sont à égalité, la tension est à son maximum, et là un nouveau paramètre va faire son apparition, l'arbitrage. Sur une balle fleurilloise « out » l'arbitre la voit touchée par Simon Ramard. Le pauvre, elle lui passe dix centimètres au-dessus, aurait fallu qu'il ne se coupe pas les ongles pendant 92 ans pour la toucher celle-là. Ensuite, c'est le show arbitral, balle non franchie, touches de balle, enfin tout y passe.

Bien sûr, aucune discussion possible. Drôle de sensation de voir ces gens sympathiques au possible, se muer en une sorte d'ersatz divin dès lors qu'ils montent sur leur chaise. Ils se transforment en une sorte de mister Hyde qui, comme les gourous, détiennent à eux seuls la vérité. Ils ont même le pouvoir de changer les choses, si, si. Une balle plantée en plein milieu du terrain adverse peut-être déclarée « out » par la volonté de « dieu l'arbitre ». Ainsi Thémis rend sa justice et rejette les demandes d'explications d'un revers de main dédaigneux comme on rejette une mouche volant trop près de sa confiture. Enfin rejette, pour ceux qui daignent bien vouloir regarder le pauvre capitaine d'équipe dépité par de telles décisions. Le pire, ou le meilleur, c'est qu'en plus ces « hauts seigneurs » de la justice sportive ne sont pas malhonnêtes, c'est pour tout le monde pareil. Pour l'équipe qui vient de marquer le point, c'est la révolte, se faire voler un point ce n'est pas acceptable, surtout qu'en plus ce n'est pas seulement un point qui ne nous est pas attribué, mais c'est un point donné à l'adversaire qui lui ne le mérite pas : une sorte de double peine en fait. Entre un point donné d'un coté et un volé de l'autre, l'arbitre réussit le tour de force de se faire mal voir des deux équipes. En effet, le bénéfice d'un point acquis illigitimement ne remplace pas le vol d'un point dûment gagné. Une sorte de paranoia s'installe dans le match, chacun des acteurs étant persuadé que l'arbitre lui en veut.

Le vieil éducateur que je suis est dépité de voir que tout ce que j'apprends aux jeunes sur le respect de l'arbitre, preuve à l'appui que ces gens là sont avant tous des hommes et que l'erreur est humaine peut-être balayé comme un fêtu de paille.

Toujours est-il qu'à ce petit jeu là, c'est l'équipe qui avait la meilleure dynamique qui trinque. Et au final une perte du set 25/27. Le coup fourré parfait. L'entraineur adverse nous regarde en secouant la tête l'air dépité.

Début du Tie-break, je me garde bien de dire quoi que ce soit, vu le début du set précédent.

Les gars sont concentrés, mais pas sereins. Les zones de conflit se sont largement étendues, et les prises de responsabilités bien amoindries. Première balle, échanges d'aimabilités entre Baptiste et Quentin, à toi ?, A moi ? Je n'en ferai rien ! Je t'en prie ! Point pour Fleury.

Mais les gars ne lâchent pas. Faut faire front contre l'adversaire mais aussi contre toute une salle, les joueurs du Goelo sont fébriles, moi aussi. Yohann Saliou met son service dans la bande et vient s'assoir à coté de moi en râlant. Je tente une « Aimé Jacquet » « On va le perdre ce match, si vous ne vous sortez pas les doigts, on va le perdre » « Non, je ne pense qu'à la victoire, on va le gagner ». Bonne réponse du candidat Yohann.

Du coup ça me rassure. Et là, Boum coup de tonnerre du dieu, non pas Zeus, mais du dieu arbitre. Un flash, et je me retrouve debout à coté de coach Yann une bouteille d'eau entre les mains avec l'envie folle de la claquer par terre. Et là une petite voix qui me dit « ne fais pas ça, ne fais pas ça » Faut toujours écouter sa petite voix. Enfin, si elle me demande d'aller bouter l'anglais hors de France, il sera temps d'avoir quelques incertitudes. Du coup je me rassois et laisse Yann seul debout, remonté comme une pendule contre l'arbitre.

Les deux équipes ne se lâchent pas, vont me faire mourir... 14/13 pour nous avec la récep, balle bien maitrisée sur Simon qui fait une « première main », balle au centre qui laisse nos adversaires dépités. Culotté, mais responsable le Simon la-dessus.

Je respire, tape dans la main de Yann et pars féliciter les gars et nos valeureux adversaires. Du coup j'en oublie les arbitres soudainement redevenus Dr jekyll et retourne leur serrer la main, un acte manqué sans aucun doute.

Au final un sentiment ambigü de manque de maitrise et donc de panache, mais qui ne doit pas faire oublier que l'essentiel est une qualification pour la finale de la coupe de France, c'est ce que l'histoire retiendra.

Dernière mise à jour : ( 26-03-2013 )